A priori, pas la peine de se creuser les méninges sur le blockbuster américain link écrit par la médiatique Diablo Cody et réalisé par Karyn Kusama dans lequel la sulfureuse Megan Fox semble avoir un don pour souffler le chaud et le froid… Un film d’épouvante qui parvient à être divertissant en dépit du recours à des ficelles plus qu’épuisées et de quelques répliques navrantes de crêpage de chignon.
Pourtant, et même si cela est loin d’être rare, le scénario prend des chemins pour le moins troublants quand l’évocation de l’homosexualité est systématiquement liée au mal.
En effet la pauvre Jennifer (Megan Fox) se retrouve sacrifiée à Satan par un groupe indie rock composé de charmants garçons à la recherche de la gloire… Le groupe avait été soupçonné d’homosexualité dans le bar de la petite ville (Devil’s Kettle) où se retrouvent les étudiants pendant le week-end. Lorsque le chanteur du groupe s’écrie qu’il déteste les filles, on se dit que, finalement, c’est vrai qu’ils ont des blousons tendance et qu’ils sont trop attentifs à leur coiffure… Devant l’hésitation d’un de ses camarades juste avant la mise à mort, le chanteur le met au pied du mur en le sommant de choisir entre la fille et Maroon 5… Il choisit le groupe de garçons et voilà notre Jennifer horriblement poignardée à répétition.
L’homosexualité à proprement parler – l’acte – n’est abordé que dans le cadre d’un couple féminin (comme d’habitude) unissant Needy (Amanda Seyfried) et Jennifer. Mais on constate que les ébats sont à l’instigation du succube et peuvent donc être liés à sa nature démoniaque. L’amalgame saute aux yeux et en rappelle un autre celui de la lesbienne et de la sorcière.
Tout ceci est décrit en totale opposition avec la relation que Needy entretient avec son petit ami Chip. En effet, ils forment le couple hétérosexuel rêvé : fidèle, monogame, doux, prévenant, jeune, mince, mignon, intelligent…
Si l’on se convainc qu’il existe, en filigrane, un raisonnement puritain, on s’aperçoit que le scénario s’appuie sur d’autres clichés qui ne veulent décidément pas mourir. La grande ville, par exemple, tient le rôle de haut lieu de la luxure et de tous les péchés dans la bible (en particulier Babylone). Il n’est pas donc pas étonnant que les musiciens adorateurs de Satan proviennent de la grande ville. On se rappelle que Lot avait décidé de rester avec sa famille aux portes de la ville de Sodome tandis qu’Abraham avait conservé sa vie de nomade sur les terres de Canaan. De plus, la grande ville demeure aujourd’hui un lieu attractif pour les homosexuels désireux de quitter leur isolement.
Autre exemple : le refus de la sodomie de la part de Jennifer (encore vierge de toute possession démoniaque). La lycéenne affirme, en effet, que la pratique est douloureuse. Sur ce point, il est remarquable que c’est Dieu lui-même qui condamne Sodome et Gomorrhe non pour leur cruauté mais à cause leur goût excessif pour le plaisir…
En résumé lorsque Needy est invitée au saphisme par un succube qui à l’origine avait elle-même été sacrifiée par un groupe de gays on peut légitimement être déconcerté. Associer à ce point le mal et l’homosexualité constitue un message subliminal pour le moins décevant à l’adresse des plus jeunes alors que les gays et lesbiennes sont maintenant largement acceptés par la société française bien que le législateur refuse encore de leur reconnaître tous leurs droits.